
Manfred Louis est un jeune Haïtien de 23 ans résidant à Long Island qui a fait son entrée dans le monde du mannequinat professionel américain depuis bientôt 4 ans. Depuis son plus jeune âge, quand il fréquentait les bancs du Collège Roger Anglade à Port-au-Prince, il nourrissait le désir de devenir Mannequin professionnel. Cette foi inébranlable en ses capacités lui a permis d’acquérir un certain niveau de confiance en soi et de surmonter les différents obstacles qui se dressent sur le chemin de tout jeune émigré fraichement débarqué à New York avec en tête de vivre le rêve américain. Comme il dit lui-même, le monde de la Mode et du Fashion est sa passion.
Les nombreux professionnels qui ont eu à travailler avec lui le présentent comme étant une personne dynamique, optimiste, créatif, humble, confiant en ses capacités et capable de travailler sous pression. De son côté, il se décrit comme étant un passionné :
“J’aime lire, voyager, faire de nouvelles connaissances et bien sûr défiler sur les podiums! (Rires). Ma passion pour la vie est ce qui me distingue des autres qui évoluent dans le même domaine.”D’une grande ouverture d’esprit et appréciant l’environnement familial, Manfred croit fermement en l’éducation. Mais par-dessus tout, sa vraie passion reste et demeure la Mode avec un grand M.
Roroli.com, pour marquer son retour dans le monde de la diffusion d’informations relatives à ce que font nos compatriotes d’ici et d’ailleurs, a rencontré pour vous, ce jeune homme qui s’est fait un plaisir de répondre à toutes nos questions.
En guise de présentation, pouvez-vous nous dire quel personnage se cache derrière vos nom et prénom? Il n'y a pas vraiment un autre personnage derrière Manfred Louis. Je suis qui je suis, et c'est la raison pour laquelle le mannequinat m'est d'une très grande importance. Il me présente sous différent aspects tout en me permettant de rester le même personnage.
Racontez-nous sommairement votre parcours? Je suis né à Port-au-Prince, j'ai grandi dans un foyer où j'étais le fils unique, j'ai fait mes études classiques au Collège Roger Anglade. Après mes études classiques, j'étais plutôt indécis quant à mon avenir. J'ai finalement décidé de me rendre à l'Académie Nationale Diplomatique et Consulaire où j'ai étudié les Sciences Diplomatiques pendant à peu près un an et demi, car j'ai eu à laisser le pays. Maintenant, je vis à New York où j'étudie les Sciences Comptables. Je suis vraiment décidé à aboutir à mes fins, en comptant mon éducation et le mannequinat.
Vous êtes donc un jeune mannequin haïtien qui évolue positivement sur la scène américaine. Qu'est-ce qui vous a poussé dans ce monde? Comment vous sont venues la motivation et la décision de vous lancer dans cette profession ? J'ai grandi dans un milieu ou tout le monde me trouvait différent quand il s'agissait de mon goût et de mon savoir-faire. On me disait que ma tendance se rapproche beaucoup du monde de la mode. A cette époque, ces propos étaient comme du jargon pour moi car j'étais très jeune, pas même encore un adolescent, mais il était aussi difficile d'être compris car en ce temps, la mentalité haïtienne n'était pas assez évoluée pour accepter certaines attitudes qui étaient un tabou pour notre société. Ma carrière dans le mannequinat a pris naissance trois mois après mon arrivée aux Etats-Unis. La première fois que j'ai décidé de me rendre tout seul à Manhattan, j'ai, sans même le savoir, atterri à 5th Avenue où le monde de la mode réside. Ebloui par la beauté et la splendeur de cette ville, j’ai arpenté les rues de New York. Rex Lott, un représentant de Once Source Talent m'approcha et me dit:
“Your demeanor resembles that a supermodel and you look very exotic. Where are you from?"J'etais surpris et j'ai souri, car il me fallait réfléchir avant de répondre, et enfin je lui ai répondu avec le peu d'anglais que je connaissais. Il m'a ensuite invité à auditionner pour sa compagnie le lendemain. Et depuis, ma carrière a pris son élan et je suis sur la route du succès.
Avec quel styliste haïtien et/ou américain avez-vous déjà travaillé? De ces expériences, laquelle vous a le plus marqué? A quel grand évènement de mode avez-vous déjà participé? La première fois que j'ai travaillé avec un haïtien était pour le show "RIP DA RUNWAY" à Brooklyn. Il était un styliste, un maquilleur, et un maitre de cérémonie. Ensuite j'ai travaillé avec Tommy Hillfiger pour son show at BBKings with TOPTEN Models et des tas d'autres gens, designers de différentes nationalités, mais le plus important pour moi c'est le niveau de professionalisme. J'ai participé à plusieurs fashion shows : "RIP DA RUNWAY" in Brooklyn, "PRE-NEW YORK FASHION WEEK" à l’Automne 2008 à Manhattan à l’Hotel Pennsylvania, "NAACP FASHION SHOW" in Times Square at The Marriott Marquis Hotel, "TopTen Models" at BBKings in Times Square, "Grandeur Fashion Show" in Manhattan, etc..
Avec quel magazine américain avez-vous déjà collaboré ? La plupart du temps, les gens non imbues de notre profession croient qu'un mannequin n’a pas une personnalité propre, que nous devons faire ce qu’il nous est demandé de faire ou de représenter. Ce qui est tout a fait normal ; cependant on a le droit de dire non et penser aux impacts qu'un simple oui ou contrat peut causer. Tout cela pour dire que j'ai eu pas mal d'offres pour des représentations dans des magazines comme par exemple Bleu Magazine, mais la représentation ne me convenait pas du tout, donc j’ai eu à refuser.
Parlez-nous des difficultés auxquelles font face les professionnels du mannequinat aux Etats-Unis? Considérant ma propre expérience, je peux dire que la période la plus difficile dans la carrière d’un mannequin est le début, car on ne sait pas à quoi s’attendre et on est appelé à dépenser ou participer à des événements sans même recevoir un sou. On doit aussi créer ses propres moyens qui, dans presque tous les cas, sont réellement chers. Mais tout dépend de la passion, l’intérêt et le désir que l’on a pour ce qu’on fait.
Avez-vous en tête quelques moments inoubliables dans votre métier qui vous ont procuré une tristesse ou une joie intense ? J’ai participé à pas mal d’événements mais le plus important jusqu’à maintenant dans ma carrière a été ma participation au NAACP Fashion Show qui eu lieu au Marriott Marquis Hotel in Times Square en Juillet 2009 avec pour sponsor le gouvernement américain. Son Excellence Mr le Président Barrack Obama lui-même était présent, car le thème du show était les hommes de couleur à travers tous les Etats-Unis d’Amérique. A ce moment particulier, je me sentais vraiment fier d’être non seulement un homme de couleur, mais aussi un Haïtien qui prouvait à tous ce que je valais et ce dont je suis capable. On a tendance à nous rabaisser, cependant on doit remonter notre tête et montrer au monde entier que nous sommes forts et pleins de rêves.
Quelles sont vos photos dont vous êtes le plus fier? Je suis fier de toutes mes photos en particulier, il n’est pas question de l’endroit, du photographe, du designer, ou du styliste, mais du message derrière la photo, car chaque photo dégage un message et m’aide à devenir meilleur.
Pouvez-vous nous parler des cachets qui vous sont alloués lors de vos défilés? Arrivez-vous à en vivre convenablement ? Je suis présentement un étudiant, je vais à l’école presque tous les jours. Il m’est donc plutôt difficile d’honorer toutes les auditions ou les shows qui s’offrent à moi. Mais j’arrive à tenir le coup avec le peu que je gagne. J’aime le mannequinat mais quand la jeunesse s’en ira, il ne me restera que l’éducation pour me soutenir dans mes vieux jours.
Quelles qualités faut-il avoir pour devenir un mannequin respecté et influent aux Etats-Unis ? Mis à part un look unique et exotique, comme je l’ai mentionné au début, il faut être passionné, intéressé et désireux de réussir. Et quand il s’agit du respect, on doit créer ses propres barrières et règles afin de pouvoir survivre et être bien traité.
Quels conseils donneriez-vous à une jeune fille ou un jeune homme qui désirerait faire carrière dans le monde de la mode ? Confiance, ne jamais laisser tomber, soyez sûr de vous-mêmes. Soyez passionnés dans vos rêves et ils deviendront réalités.
Quels sont vos projets à court, moyen et long terme? Comme mentionné au début, je vais à l’école. Je compte donc avoir mon doctorat dans en Sciences Comptables, car le mannequinat s’en ira au fil du temps. Mon plus grand rêve pour le monde de mode, c’est de me voir dans les grand panneaux à Manhattan comme étant un Haïtien fier de l’être et de prouver à tout le monde que l’on a beaucoup à offrir et que l’on est forts.
Avez-vous un dernier mot, un message à apporter à tous ceux qui vont vous découvrir à travers cette entrevue ?Mon dernier mot sera
« L’union fait la force et Dieu est amour ». J’en profite pour présenter mes sympathies à tous les Haïtiens durant ce moment de douleur que nous vivons, car de tous les mauvais temps qu’on a eus, celui-ci est de loin le pire. Je n’ai pas vécu le séisme, mais j’ai failli perdre la tête car ma mère, ma famille, et tous mes amis vivent en Haïti. Il m’a fallu une semaine pour savoir que ma mère était en vie, mais j’ai perdu pas mal d’amis. Le pire, j’étais avec eux quelques jours auparavant, car j’étais de passage en Haïti pour une semaine et j’ai laissé le pays le dimanche 10 janvier, soit deux jours avant le séisme. Je sais que c’est vraiment dur mais il nous faut du courage ; on va surmonter ces obstacles avec l’aide de Dieu car on est forts. L’Eternel a donné, l’Eternel a ôté. Que Son Nom soit béni.
Interview réalisée par Jean-Robert Duprat